
Sur la plage de l ennui ! - Pour ceux qui ont connu le Mc Ewan de L innocent, du Jardin de ciment jusqu à Délire d amour, le choc risque d être rude. On sentait bien depuis Amsterdam que Mc Ewan perdait son mordant, sa causticité pour se livrer à un romanesque convenu, limite tiède. Pour s en convaincre, lire l indigeste pavé Expiation qui a calmé les premiers aficionados comme moi. Dans ce livre qui réussit à ennuyer sur 150 pages, il est question de l espace d une nuit de noces, d un couple et d un hôtel de bord de mer pour une fable composée selon les procédés les plus grossiers du creative-writing, avec une ligne narrative filant droit ponctuée de flash backs censés en éclairer l histoire et le sens. Dire qu on attendait mieux de Mc Ewan est une litote. En terme de contenu, cette historiette et son anti-puritanisme scolaire (tire un coup et tu ruineras pas ta vie), son érotisme de pacotille (la scène de l éjaculation est un monument de ridicule) fleure bon le pire anti-conformisme bourgeois qui existe. Tristes sont les ficelles d un ex-grand romancier qui ne vise plus que le top des ventes de livres...
Sur une plage, le lecteur abandonné - J ai refermé le livre perplexe et je m interroge toujours quant aux intentions de l auteur. Si on fait exception de très rares moment où Ian McEwan a su se montrer subtil et incisif, ce roman n est qu un condensé navrant des meilleurs clichés sur la pré-révolution sexuelle en 150 pages. On n est cependant jamais pris en traître, car il faut bien le reconnaître l auteur est un homme honnête. Dès les premières pages, en effet, on sait que l agonie sera longue, un taureau ne se laisse pas mettre à mort aussi facilement. C est ainsi qu à l aide d une douzaine d épithètes par phrase, nous est servie une histoire arrogante de banalité. Il est touchant d observer avec quelle sincérité naïve l auteur espère nous emporter à une époque si proche et pourtant si différente. Mais je suis un voyageur prudent et je rechigne un peu à me laisser guider par un type qui ne semble pas connaître l existence de la boussole. Il n est pas rare qu on sente l auteur lui-même un peu perdu dans son propos. La juxtaposition à outrance des adjectifs n est jamais un bien. Ce livre en est l illustration, véritable manne de non sens pédants et/ou satisfaits.L ensemble est donc relativement mal ficelé, les situations nous sont offertes avec des perches qui manquent de nous assommer tant elles sont lourdes. Le tout desservit par des personnages dégrossis au couteau-suisse.A commencer par le jeune marié, tantôt décrit en historien érudit, héros de chansons de geste. On retrouve le pauvre homme deux pages plus tard dans la peau d un ancien garçon de ferme bourru et bagarreur, se mourant d un amour mièvre et téléphoné pour la riche héritière du village voisin.Cette dernière n est pas en reste, car oscille comme attendu entre la catin auto-suggérée à qui un simple poil pubien provoque l orgasme et la bigote. Ah subtile dualité des êtres quand tu nous tiens !L héroïne porte sur le sommet du crâne un gyrophare des plus seyants, car discret comme seul un phare breton sait l être, que l auteur ne saura dépeindre autrement tout au long du livre (il ne nous épargne d ailleurs aucune de ses tentatives) qu à l aide d épais sous-entendus.Le dénouement ne fait pas défaut à ce qui vient d être dit, loin s en faut, c est très certainement la partie du livre la plus prévisible.
Déchirement au pied du lit - Un court roman d une grande intensité, qui ne manquera pas de vous surprendre. Ou l histoire simple d un couple amoureux au début des années 60 , un jeune homme modeste et une jeune femme aisée, qui vont se marier et qui, lors de leur lune de miel, vont découvrir que tout ce qu ils n avaient pas encore vécu jusqu alors -l amour physique- est source de déchirement. Une plume subtile et intelligente au service d une histoire qui vous accroche dès le début et ne vous lâche plus.
Un petit chef d oeuvre ! - Un roman très victorien, plein de pudeur surannée, qui se joue à deux voix... discordantes pour cette nuit de noces qui nous est racontée d un trait.Tout cela semble plein de promesses et jusqu à la fin on espère en retenant son souffle que tout finira comme dans un conte de fées. Ce n est pas le cas, une simple réaction d orgueil, de jeunesse, a fait basculer tout le cours de la vie de cet homme... on verse une larme...
Insignifiant - Ouvrage très décevant, qui oscille entre clichés et caricature. Une jeune fille frigide (pour qui le sexe est à la fois répulsif et nécessaire à toute femme qui fait son devoir) et un jeune homme quelconque (sans autre particularité psychologique que le doute orgueilleux relatif l acte sexuel à venir) se retrouvent, pour leur nuit de noces, dans un hôtel à Chesil. Si l on reconnaît que tout moment de ce type (à la fois unique, particulier, intime, etc.) est tout à fait redoutable pour l esprit, Ian Mac Ewan le traite cependant avec une banalité confondante. Et ne parlons même pas de la fin, qui semble bâclée, expédiée - mais la brièveté de l histoire ne disait-elle pas déjà le désintérêt de l auteur pour son propre sujet ?Malgré quelques rares passages bien pensés et bien orchestrés, Ian Mac Ewan fait un bide - relisez donc Expiations, qui lui est absolument excellent.